Aventures liées à l’utilisation du didacticiel WebCT dans le cours d’introduction à la comptabilité générale
Le présent article découle d’un exposé que j’ai donné dans le cadre d’un symposium sur l’enseignement et l’apprentissage, tenu par les Services d’enseignement de l’Université du Manitoba en septembre 2002. Je suis reconnaissant aux participants à la séance ainsi qu’à mes collègues qui enseignent le cours 9.110 (introduction à la comptabilité générale) de leurs précieux commentaires.
WebCT (www.webct.com) compte parmi les progiciels (le progiciel Blackboard est un choix de rechange très couru) conçus pour faciliter la création d’un cours en ligne. Il met à la disposition des chargés de cours n’ayant qu’une connaissance de base en informatique des outils Internet tels que les babillards, les groupes de discussion, les interrogations en ligne et autres activités d’apprentissage en ligne. L’Université du Manitoba est devenue un établissement WebCT en 1996 et c’est en septembre 2000 que nous avons adopté le progiciel à l’égard du cours d’introduction à la comptabilité générale (9.110). Dans le présent article, je décris la façon dont nous utilisons WebCT de même que les succès et les échecs que nous avons connus en chemin.
Tout d’abord, quelques précisions sur le contexte du cours 9.110. Ce cours est, à l’Université du Manitoba, le premier cours de comptabilité. Il est obligatoire pour tous les étudiants en gestion ainsi que pour les étudiants des facultés de génie et d’agriculture, entre autres, dont les études sont axées sur la gestion. À l’automne, nous comptons habituellement entre 650 et 700 étudiants, dont la plupart en sont à leur première ou à leur deuxième année d’études, répartis dans neuf sections coordonnées. Jusqu’à cinq professeurs, surtout des chargés de cours à temps partiel, sont responsables de ces sections. La proportion des abandons volontaires et des échecs se situe normalement dans la fourchette de 25 % à 30 %, ce qui reflète la grande variation entre l’intérêt et l’engagement des étudiants envers le cours. Ces derniers passent deux examens, font une série de six à huit projets individuels ainsi qu’un grand projet de session en équipe de quatre. Le laboratoire d’informatique de notre faculté compte 60 ordinateurs.
Nous nous servons de WebCT pour afficher, après chaque cours, l’ensemble complet des notes de cours et de la documentation. La maison d’édition nous a donné la permission d’afficher les solutions des exercices suggérés dans le manuel ainsi que les résumés des chapitres, et des interrogations conçues expressément pour l’environnement WebCT. Nous avons mis en place un babillard commun pour afficher des renseignements généraux à l’intention des étudiants ainsi que des babillards privés pour chacun des groupes. Enfin, les étudiants ont, au sein de WebCT, un accès privé à leurs propres notes ainsi qu’à des statistiques descriptives sur les notes de tous les étudiants.
Plusieurs aspects de WebCT ont bien fonctionné. Après deux séances de formation de trois heures, j’étais à l’aise avec toutes les fonctions du progiciel. En général, l’interface est accessible et d’une clarté intuitive tant pour les étudiants que pour les enseignants. Au moins 80 % de nos étudiants avaient accès à Internet en dehors du campus (hiver 2002), ce qui a largement contribué à alléger l’achalandage dans le laboratoire d’informatique de la faculté. Dans l’ensemble, les étudiants ont bien accueilli WebCT; au cours du semestre de l’hiver 2002, le nombre moyen de visites par étudiant par semaine était de deux. Comme le site était protégé par mot de passe, les maisons d’édition nous ont permis d’afficher pratiquement tous les suppléments du maître que nous voulions. Les sondages menés auprès des étudiants révèlent que ces derniers ont été très heureux d’avoir eu accès, sur le site Web, aux solutions des exercices et à leurs notes.
Il y a aussi eu quelques écueils. Par exemple, nous avons trouvé que les démonstrations en classe étaient essentielles pour inciter la majorité des étudiants à se rendre sur le site. Cependant, nos salles de cours ne se prêtent pas toutes à ce genre de démonstration. En outre, comme les chargés de cours à temps partiel, surtout, n’avaient qu’un accès limité à la formation concernant le matériel et le logiciel, ils n’étaient pas en mesure de faire un apport significatif au site Web ni d’aider les étudiants aux prises avec des difficultés liées à WebCT. Cette situation a exigé de ma part, en tant que coordonnateur, beaucoup de temps, sans compter que ma tâche a été d’autant plus compliquée par l’interface peu performant (p. ex. le téléchargement d’un fichier vers le site Web nécessitait de 10 à 15 cliques de souris et pouvait prendre jusqu’à 40 secondes).
Dans l’ensemble, les babillards se sont avérés utiles. Ils nous ont permis d’améliorer, de normaliser et d’expédier les communications avec les étudiants de toutes les sections. Quant aux babillards de groupe privés, ils ont, à notre grande surprise, remporté beaucoup de succès, et ce, pour deux raisons. La première, et la plus évidente, est le fait que les étudiants pouvaient afficher leur part du projet de semestre là où seulement les autres membres de leur groupe pouvaient y accéder. La deuxième raison a trait aux problèmes de motivation des étudiants décrits ci-dessus. Les chargés de cours avaient formé les groupes au hasard et, dans bon nombre de groupes, on a eu de la difficulté à trouver un des membres, ou plus, et à communiquer avec lui. Dans bien des cas, l’étudiant manquant avait abandonné le cours ou n’était pas intéressé par le projet de session, et ni les étudiants ni les chargés de cours en étaient au courant. Le babillard privé donnait aux groupes un moyen pratique de prouver qu’ils avaient vraiment essayé de communiquer avec un membre manquant avant d’aller de l’avant sans ce dernier.
Les problèmes liés au babillard avaient surtout trait à l’usage inapproprié que pouvaient en faire les étudiants et, une fois de plus, à une conception maladroite. Bon nombre des étudiants ont eu de la difficulté à rédiger des messages clairs. Un des problèmes répandus concernait la ligne d’objet, laquelle portait souvent un titre non informatif tel que « question » ou « problème ». Il est arrivé que, par accident, des étudiants affichent des articles au babillard principal alors que ceux-ci étaient clairement destinés à un groupe privé (les résultats ont été cocasses dans certains cas). Un certain nombre d’étudiants se sont servis du babillard commun pour discuter (et, la plupart du temps, pour se plaindre) de problèmes liés à un cours particulier ou de problèmes personnels, genres de problèmes qu’il aurait mieux valu de régler par courriel privé ou par une visite au chargé de cours concerné. Enfin, il a été très ardu d’établir les babillards privés. La création de chacun nécessitait au moins 20 frappes ou cliques de souris. Ainsi, pour mettre en place les 175 babillards de groupe requis, il a fallu plus de six heures.
L’affichage en ligne des notes s’est révélé une caractéristique dont le succès a été inouï. En effet, chaque étudiant recevait des commentaires confidentiels et détaillés. Cette fonction permettait à l’étudiant de vérifier si sa note avait été consignée correctement et de voir où celle-ci se situait dans l’ensemble. Le téléchargement et le traitement des notes des étudiants étaient relativement simples.
Certaines des fonctions intéressantes de WebCT n’ont absolument pas fonctionné pour nous. Par exemple, celle concernant les interrogations et les examens semblait puissante et relativement facile à utiliser; cependant, elle n’était pas pratique pour nous étant donné que les installations informatiques à notre disposition étaient limitées. J’ai mis sur pied un forum de discussion et un tableau électronique blanc et j’ai abondamment annoncé mes « heures de bureau virtuel », mais les étudiants n’ont manifesté aucun intérêt à cet égard. Bon nombre des participants au symposium ont indiqué avoir reçu la même réaction de la part de leurs étudiants, ce qui laisse entendre que les heures de bureau virtuel n’intéressent pas les étudiants si ces derniers peuvent consulter le chargé de cours en personne.
Dans l’ensemble, j’ai été satisfait de la performance de WebCT et j’ai bon espoir que ce progiciel continuera à s’améliorer. Les maisons d’édition fournissent des ressources WebCT plus nombreuses et améliorées à titre de compléments à leurs manuels. Sont maintenant disponibles de nouvelles versions de WebCT et d’autres sous-programmes qui réduisent ou éliminent bon nombre des frustrations que nous avons éprouvées. Enfin, nos salles de cours subissent des rénovations attendues depuis longtemps, ce qui facilitera largement les démonstrations de WebCT et la tenue d’autres activités d’enseignement sur Internet.
Aux chargés de cours qui songent à adopter WebCT ou une technologie semblable, je recommande vivement WebCT du fait qu’il s’agit d’un logiciel relativement facile à apprendre et à utiliser. Il offre une multitude de possibilités, mais il n’est pas nécessaire de les utiliser toutes ni même la majorité. Les fonctions que mes étudiants ont le plus aimées (babillards, solutions en ligne des exercices proposés dans les manuels et les notes en ligne) peuvent être mises en place moyennant relativement peu de temps et peuvent rapporter beaucoup en ce qui a trait à leur utilité et à la satisfaction qu’elles procurent aux étudiants.
Cameron Morrill
Université du Manitoba
cameron_morrill@umanitoba.ca