Hier et aujourd’hui : La transformation
des étudiants et des professeurs en 20 ans
par Elin Maher et Barbara Trenholm
Fermez les yeux et reportez-vous 20 ans en arrière, dans une salle de cours. L’étudiant qui s’y trouve diffère-t-il de celui qui est devant vous aujourd’hui? Nous sommes convaincues que oui! L’ère de l’information dans laquelle les étudiants d’aujourd’hui ont grandi a créé dans la salle de cours un auditoire qui se distingue sensiblement de celui d’il y a vingt ans. Dans le présent article, nous traitons des changements que nous avons constatés chez les étudiants en comptabilité au cours des vingt dernières années et de la façon dont nous nous y sommes adaptées en tant qu’enseignantes.
Contraintes de temps
Un des changements les plus évidents que nous avons remarqués chez les étudiants concerne le temps dont ces derniers disposent pour l’étude. Le coût sans cesse croissant de l’éducation fait que plus d’étudiants qu’auparavant ont un emploi à temps partiel. Bon nombre d’entre eux travaillent au moins 20 heures par semaine, ce qui a une incidence considérable sur le temps qu’il leur reste pour effectuer leurs travaux.
Compte tenu de ce facteur, nous avons réduit la profondeur et la portée de la matière de cours que nous abordons. Plus précisément, nous avons diminué la matière donnée en devoir. Nous voulons ainsi nous assurer que les étudiants essaient au moins d’y travailler et que cette matière est bien comprise. Nous savons aussi que la majeure partie de l’apprentissage se fait en classe plutôt qu’à l’extérieur. En conséquence, nous structurons rigoureusement nos cours de manière à couvrir toute la matière essentielle.
Avons-nous modifié nos normes? Peut-être. Cependant, nous croyons qu’il s’agit plutôt d’un remaniement axé sur ce qui est vraiment important plutôt qu’un abaissement des normes.
Capacité de lecture et d’écriture et habileté arithmétique
L’élargissement du programme d’études au palier secondaire a entraîné un affaiblissement de la capacité de lecture et d’écriture ainsi que de l’habileté arithmétique des étudiants. En effet, nous trouvons que, souvent, ces derniers ne possèdent pas les compétences mathématiques de base et ne savent pas lire de façon efficace ni retenir la matière enseignée. De plus, les caractéristiques démographiques de nos classes sont très différentes de celles des classes d’autrefois. C’est un fait : la population étudiante d’aujourd’hui est beaucoup plus variée, tant en ce qui a trait à la langue ou à la culture qu’au vécu.
En vertu de ces différences, nous avons pris le temps de choisir un manuel et des documents supplémentaires bien écrits, faciles à comprendre et comportant des images graphiques qui facilitent l’apprentissage. De même, nous nous sommes rendu compte que, pour nous assurer d’être comprises par la majorité de nos étudiants, il faut prendre conscience de notre diction et de notre débit. Nous croyons aussi qu’il est important de faire attention à ce que nous disons et à la façon dont nous le disons, et ce, afin de respecter les cultures variées qui composent aujourd’hui la collectivité universitaire. Enfin, nous reconnaissons que nous ne pouvons plus supposer que les étudiants comprennent les concepts de base en mathématiques et que nous pourrions avoir à faire un peu de rattrapage avant d’amorcer le cours comme tel.
Tâches multiples et styles d’apprentissage
Les étudiants d’aujourd’hui ont, au quotidien, beaucoup plus de stimulation mentale et visuelle que ceux d’hier. Ils regardent la télévision, écoutent de la musique, parlent, mangent, se servent de leur ordinateur et font leurs devoirs – et tout ça en même temps! Ils préfèrent fonctionner dans un milieu qui leur offre une multitude de voies et de choix. Ces étudiants ont, à notre avis, une durée d’attention moindre et des attentes plus élevées par rapport à l’expérience d’apprentissage. En effet, celle-ci doit faire appel au plus grand nombre possible de sens.
Nous croyons aussi que le corps professoral reconnaît davantage le fait qu’il faut tenir compte des styles d’apprentissage des étudiants dans l’élaboration et la prestation des cours. Des données recueillies sur les styles d’apprentissage préférés ont révélé que la majorité des étudiants sont des apprenants kinesthésiques, c’est-à-dire que c’est par la pratique qu’ils apprennent le mieux. Les études montrent aussi que le mode d’apprentissage auditif est celui qui est le plus impopulaire, ce qui est assez déconcertant étant donné que la plupart des professeurs passent la majeure partie de leur temps en classe à parler. Il n’est donc pas étonnant que nous nous demandions constamment pourquoi les étudiants nous « entendent » mal.
À la lumière de ces changements, nous consacrons beaucoup moins de temps au cours magistral. Nous avons davantage recours aux exemples réels et intégrons dans nos classes des conférenciers, des études de cas, des travaux pratiques et des visites sur le terrain. L’expérience en salle de cours comprend maintenant l’utilisation régulière d’Internet et de vidéos ainsi que la présentation de diapositives avec son et animation. Nous sommes passées du cours centré sur le professeur à un cours davantage centré sur les groupes. Nous donnons encore des cours « magistraux », mais nous y incorporons régulièrement des activités en groupes.
Technologie
Les étudiants d’aujourd’hui ont grandi dans un milieu où le microordinateur fait partie intégrante du quotidien. Ils sont beaucoup plus à l’aise devant un clavier que devant une feuille de papier et ils aiment mieux lire un écran d’ordinateur qu’un livre. Ils ont aussi l’habitude d’être branchés partout où ils se trouvent, que ce soit par ordinateur, par téléavertisseur ou par téléphone cellulaire. Nous avons remarqué que les étudiants ont peu ou pas de tolérance envers les retards. Il s’attendent à avoir accès à des services 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
Compte tenu des attentes de nos étudiants sur le plan technologique, nous avons incorporé l’utilisation des ordinateurs et d’Internet dans nos cours. En plus des présentations multimédias, nous nous servons de modes de prestation de cours par Internet, d’études de cas axés sur Internet en classe ainsi que d’examens sur Internet.
La relation étudiant-professeur
Les étudiants d’aujourd’hui sont plus enclins à aller chercher de l’aide, tant sur le plan personnel que professionnel, auprès de leur professeur que ne l’étaient ceux d’autrefois. En outre, ils s’expriment beaucoup plus que par le passé, surtout quand ils sont mécontents.
En vertu de ce changement, nous avons dû apprendre à bien nous renseigner sur les services offerts sur le campus aux étudiants ayant des besoins divers ou des difficultés particulières afin de pouvoir bien diriger les étudiants quand ils viennent à nous pour obtenir aide et conseils. De plus, nous avons constaté qu’il nous fallait nous rendre davantage disponibles pour nos étudiants. Cela ne veut pas nécessairement dire qu’il faut avoir de longues heures de bureau. Il s’agit plutôt d’être disponible en temps réel, notamment par courriel ou par téléphone, à domicile.
Fermez les yeux et reportez-vous 20 ans en arrière, dans une salle de cours. Le professeur que vous y voyez enseigne-t-il différemment de celui qui se trouve devant la classe aujourd’hui? Probablement, ce qui est bien. À mesure que la population étudiante s’est transformée, le corps professoral aussi s’est adapté. Ce n’est pas tant ce que nous disons qui a changé que la façon dont nous le disons.
Elin Maher
Université du Nouveau-Brunswick
mahere@unb.ca
Barbara Trenholm
Université du Nouveau-Brunswick
trenhomn@unb.ca