Vous êtes‑vous déjà demandé si le programme de comptabilité de votre établissement était bon ou non? L’évaluation de programme est essentielle à l’amélioration des programmes d’études; pourtant, très peu d’universitaires ont reçu de la formation dans ce domaine. Il n’est donc pas surprenant que nous soyons tentés d’utiliser des outils inefficaces pour évaluer la réussite de nos programmes.
Au Canada, les examens destinés aux comptables professionnels, tels que l’EFU, pourraient s’avérer de bons ou même d’excellents outils d’évaluation pour déterminer la mesure dans laquelle les étudiants ont les compétences nécessaires pour obtenir leur titre de comptable professionnel. Toutefois, ces examens ne sont pas une bonne mesure de la réussite d’un programme. Au cours de ma brève carrière universitaire, j’ai vécu deux situations que vous reconnaîtrez peut‑être. Premièrement, le programme de comptabilité de l’école Y l’emportait, année après année, sur celui de son proche « concurrent », l’école X. Les professeurs de l’école X se sont réunis à maintes reprises pour tâcher d’expliquer cet état de chose et de trouver ce qui faisait défaut au sein de leur programme.
Deuxièmement, l’école Z était très fière du taux élevé de réussite de ses étudiants à l’EFU et n’hésitait pas à l’annoncer de façon informelle.
Je suis favorable à l’examen interne de programme et à l’amélioration du programme d’études ainsi qu’à la publicité responsable; cependant, les deux situations susmentionnées sont loin de me faire sourire. Deux lacunes caractérisent la « logique » propre aux réactions de l’école X et de l’école Z. D’une part, plutôt que de n’accorder de l’importance qu’aux mesures des résultats, nous devrions plutôt envisager le recours à des mesures de la « valeur ajoutée ». D’autre part, la formation professionnelle, comme c’est le cas en comptabilité, ne devrait pas se limiter à une seule mesure du rendement ni mettre l’accent sur une mesure seulement, surtout une mesure utilisée à si court terme après l’obtention du diplôme d’un programme.
Le fait de suivre un de nos programmes de comptabilité rehausse, je l’espère, les habiletés, le rendement, les compétences et les qualités des étudiants. Néanmoins, nous ne pouvons pas faire fi de l’importance des 18 ou 19 premières années qu’ont vécues les étudiants avant de commencer à fréquenter notre établissement d’enseignement. Peut‑être devrions-nous songer à utiliser une mesure telle que la valeur ajoutée de l’éducation (EVA) – c’est-à‑dire la mesure dans laquelle notre programme contribue à l’épanouissement d’un étudiant. À mon avis, les programmes affichant une forte EVA sont plus dignes de respect que ceux qui affichent un taux de réussite élevé à l’EFU, mais une faible EVA.
La deuxième lacune de la « logique », c’est que tous les programmes sont censés avoir le même objectif. Bien que tous les programmes d’un bout à l’autre du Canada aient pour but d’aider les étudiants à réussir aux examens professionnels, certains visent vraisemblablement (heureusement) un objectif beaucoup plus vaste. J’ai bien aimé regarder les deux performances d’Usain Bolt qui ont valu à ce dernier deux médailles d’or aux derniers Jeux olympiques. J’ai également regardé l’Américain Bryan Clay remporter le décathlon. Ces deux hommes sont des athlètes hors pair; chacun a choisi des épreuves précises et s’est fixé des objectifs particuliers à atteindre. Il est évident qu’Usain Bolt aurait pu battre Bryan Clay aux épreuves du 100 m et du 200 m. Par contre, je suppose que ce dernier aurait pu l’emporter à huit autres épreuves. Bolt ne se réveille certainement pas au milieu de la nuit de peur que Clay puisse le battre au lancer du poids ou au saut en hauteur. De même, une fois que nous nous sommes fixé des objectifs pertinents pour notre programme, il ne faut pas nous laisser distraire par des comparaisons inutiles.
Nous pouvons utiliser les résultats aux examens professionnels de façon responsable pour évaluer les programmes que nous offrons. En effet, tandis que nous modifions ceux‑ci, la comparaison des résultats aux examens professionnels d’une année à l’autre peut faire partie intégrante d’une stratégie d’évaluation globale qui sert à mesurer un vaste ensemble de qualités personnelles, de compétences professionnelles et d’habiletés techniques. Quand les résultats des examens seront publiés à la fin de novembre, je vous encourage à d’abord téléphoner à quelques‑uns de vos anciens étudiants qui ont réussi et à les féliciter – il s’agit sans doute du but premier de la publication des résultats. Ensuite, assoyez‑vous avec vos collègues et réfléchissez attentivement aux façons dont vous pouvez utiliser ces données le plus judicieusement possible pour améliorer votre programme.
Sandy Hilton
Président du Comité de formation
sandy.hilton@ubc.ca