La correction : décisions, difficultés et aide

par Janet Morrill
Université du Manitoba  

À ce que je sache, la majorité des professeurs considèrent la correction comme le pire aspect de leur travail. Cette tâche est fastidieuse, répétitive et ennuyante. Ajoutons à cela le fait que, comme la plupart d’entre nous avons des classes de plus en plus grandes et tant à faire, la tentation est forte d’adopter les examens à choix multiples ou d’avoir recours à des étudiants pour corriger les examens. Les décisions quant au type d’examen à adopter et quant au choix de corriger soi‑même ou non les examens sont des décisions importantes. Bien qu’il s’agisse de décisions coûts‑avantages classiques, mon but consiste ici à cerner certains des avantages auxquels vous n’avez peut‑être pas songé, surtout pour ce qui est de corriger vous‑même les examens, et à vous donner des suggestions visant à réduire les coûts, peu importe la stratégie choisie.   

Examen à choix multiples 

L’avantage évident des examens à choix multiples est le fait qu’ils sont faciles à corriger. En outre, il est souvent possible d’obtenir des statistiques telles que la corrélation bisériale et le rendement des étudiants à chaque question, ce qui permet de déterminer les meilleures questions et celles qui ont donné de la difficulté aux étudiants (selon les experts, la corrélation bisériale idéale se situe entre 0,3 et 0,5, laquelle indique que la question a bien discriminé entre les étudiants et qu’elle fournit des renseignements supplémentaires par rapport aux autres questions de l’examen). En outre, si on utilise les mêmes questions d’une année à l’autre, on dispose d’un moyen simple et rapide de comparer les groupes dans le temps et de suivre les tendances quant à la qualité des étudiants ainsi que de déterminer s’il est justifié de s’écarter des distributions de notes historiques.   

Les inconvénients des examens à choix multiples sont également évidents. Il est certes possible de créer une excellente question à choix multiples, mais cela prend beaucoup de temps. Il y a aussi une tendance à « remplir les trous » avec des questions qui portent essentiellement sur des détails inutiles ou qui évaluent la capacité de mémoriser plutôt que les capacités de raisonnement complexe. C’est le cas notamment des questions à choix multiples contenues dans les banques de questions de bon nombre de manuels. Il est impossible de fractionner les pointages et il est très difficile d’inclure des questions d’application riches en contenu. Enfin, le professeur n’a aucune possibilité d’évaluer les aptitudes à la rédaction ou le sens de l’organisation des étudiants. Si ces derniers ne sont soumis qu’à des examens à choix multiples, ils ont peu d’incitatifs à développer ces compétences essentielles.   

Recours à des étudiants‑correcteurs 

L’avantage d’utiliser des étudiants‑correcteurs est, il est clair, de sauver du temps au professeur. Il s’agit aussi d’une occasion de procurer un revenu à des étudiants, surtout ceux des cycles supérieurs. Les inconvénients sont également clairs. La qualité des étudiants‑correcteurs varie considérablement et il faut surveiller ces derniers assez étroitement. Par conséquent, l’économie de temps pour le professeur pourrait s’avérer beaucoup moindre que prévue. En outre, pour assurer une correction uniforme et de qualité supérieure, il importe de choisir des questions d’examen à l’égard desquelles le barème de correction peut être précis et qui ne nécessitent pas de la part des correcteurs un jugement professionnel ou des connaissances au‑delà de leurs capacités. Cette situation pose surtout problème à l’égard des cours des dernières années : dans bien des cas, les étudiants ne viennent eux‑mêmes que de terminer le cours et, si vous avez la chance de trouver un bon correcteur, il obtiendra son diplôme avant que vous ne puissiez de nouveau avoir recours à ses services.   

Corriger vous-même les examens 

Dans ce cas‑ci, commençons par le principal inconvénient : votre temps et votre santé mentale en souffrent. Cependant, les avantages de corriger vous‑même les examens sont des plus substantiels et, je le crois, souvent ignorés. Premièrement, vous êtes beaucoup moins limités quant aux types de questions que vous pouvez poser. Vous pouvez utiliser des questions plus ambiguës ou ouvertes qui n’ont pas de « bonne réponse » ou qui permettent aux étudiants d’exprimer leur opinion. Par conséquent, vous pouvez poser les questions qui, selon vous, sont les meilleures pour vos étudiants. Dans bien des cas, ces questions font appel aux capacités de raisonnement complexe des étudiants et ressemblent plus aux genres de questions auxquelles ces derniers devront traiter dans le « vrai monde ». Deuxièmement, quand les étudiants se rendent compte qu’ils peuvent traiter ce type de question, ils voient le cours sous un meilleur jour, du moins d’après mon expérience. Ils trouvent que les examens illustrent le « vrai monde » et que le cours leur apprend vraiment quelque chose. Troisièmement, en corrigeant les examens, vous pouvez beaucoup mieux saisir les concepts qui causent de la difficulté aux étudiants.   

Grâce à la correction, j’ai pris connaissance de bon nombre d’idées fausses courantes que je n’avais jamais remarquées en classe; les étudiants ont rarement le courage de révéler leur confusion. Or, en corrigeant les examens, vous pouvez donner de la rétroaction utile à vos étudiants et cerner les faiblesses communes auxquelles vous pourrez remédier. Par exemple, je me suis rendu compte que bon nombre de mes étudiants pensaient qu’une opinion avec réserve (qualified audit opinion) était bonne parce qu’ils croyaient que la personne qui avait formulé l’opinion était un professionnel « qualifié ». Je prends donc maintenant soin d’expliquer cette terminologie dans mes cours. Enfin, corriger des examens s’avère pour moi une merveilleuse source d’inspiration quant aux questions d’examens futurs. Quand je corrige, je garde une feuille de papier près de moi et j’y note mes idées.   

Façons de minimiser les coûts liés à la correction 

Il y a, pour chacune des possibilités présentées, des façons de minimiser les coûts. Dans le cas des questions à choix multiples, je garde précieusement les meilleures et je les utilise de nouveau. Dans le cas des examens finaux, c’est facile étant donné que les étudiants ne reçoivent pas les examens. Pour ce qui est des examens de mi‑session, je place les questions à choix multiples sur les dernières pages et je détache ces feuilles avant de remettre l’examen corrigé aux étudiants. Je leur remets toutefois les feuilles de réponses pour qu’ils voient la réponse qu’ils ont donnée et nous repassons les questions en classe. Malheureusement, certains professeurs ont vu des étudiants changer les réponses sur cette feuille et prétendre qu’ils n’avaient pas reçu la bonne note. Si c’est une préoccupation pour vous, vous pouvez faire une photocopie des feuilles de réponses avant de les remettre aux étudiants.   

Pour les examens autres que les examens à choix multiples, vous pourriez avoir recours à certaines stratégies pour simplifier la correction, peu importe que vous vous en chargiez vous‑même ou que vous assigniez cette tâche à des étudiants. Voici quelques conseils :   

  • N’utilisez pas les livrets d’examen. Quand l’espace est illimité, les étudiants ont moins d’indications quant à la longueur de la réponse que vous voulez; en conséquence, ils s’étendront. De même, ils pourraient ne pas répondre aux questions dans l’ordre, ce qui vous ferait perdre du temps à chercher les réponses.  
  • Évitez les questions où les erreurs peuvent « se répercuter » sur plusieurs parties. Si la réponse à la partie b) d’une question dépend de la réponse à la partie a), cela vous complique la vie. La même personne doit corriger les deux parties et il faut revoir la partie a). Enfin, plus le nombre de parties sur lesquelles l’erreur se répercute dans la question est grand, plus les réponses de l’étudiant différeront et moins il est probable que votre barème de correction couvre toutes les réponses possibles. Dans bien des cas, les correcteurs finissent par sortir leur calculatrice pour essayer de déterminer ce que la réponse de l’étudiant aurait dû être et il peut être difficile de suivre la ligne de pensée de ce dernier. Les erreurs quant à la détermination de ce que la réponse de l’étudiant devrait être sont courantes, tout comme les erreurs de correction. Pour éviter une telle situation, vous pouvez utiliser deux questions distinctes et plus petites.  
  • Voyez si votre établissement vous permettra d’utiliser les heures qui vous sont affectées pour la correction à l’aide à la recherche à la place. Le cas échéant, vous pourrez déterminer de façon stratégique la façon la plus efficace d’employer votre temps.  
  • Utilisez des tableaux pour les réponses des étudiants. Même si ces derniers n’ont pas à utiliser leur propre jugement ou leurs propres habiletés pour structurer leur réponse (un désavantage), l’utilisation d’un tableau sert à simplifier la correction en organisant la réponse et en limitant l’espace requis. Par exemple, dans mon cours de vérification, je donne souvent un cas aux étudiants. Ensuite, ils doivent remplir un tableau contenant un certain nombre de comptes et d’assertions. Pour chaque assertion, ils doivent déterminer si le risque est élevé, moyen ou faible, fournir une justification de l’assertion et indiquer une méthode substantive et analytique pour mettre l’assertion à l’essai.  
  • Faites comme les associations professionnelles et utilisez des tableaux comme barème de correction. Vous sauverez ainsi beaucoup de temps, surtout pour les questions de type étude de cas. Le barème peut contenir tous les éléments que vous recherchez et vous en faites une photocopie pour chacun des étudiants. Plutôt que de consulter sans cesse le barème et d’inscrire les points sur la feuille d’examen de l’étudiant, indiquez les points attribués à l’étudiant sur la feuille de correction, que vous agrafez ensuite à l’examen de l’étudiant. Vous pouvez également inclure des sections destinées à d’autres aspects, notamment à l’orthographe et à la grammaire, à l’organisation et au professionnalisme, entre autres. La correction est ainsi plus rapide et a tendance à être plus précise. De plus, les étudiants peuvent instantanément voir comment ils auraient pu mieux organiser leur réponse et les points qu’ils ont ratés.  
  • Songez à donner des examens moins longs. Bien que mon raisonnement soit, je l’admets, intéressé, je trouve qu’un bon examen de deux heures vaut mieux qu’un mauvais examen de trois ou quatre heures et qu’il réduit du tiers le temps consacré à la correction.  
  • Demandez des conseils à vos collègues.  

Conclusion 

Bon nombre des suggestions ci‑dessus découlent de l’observation que j’ai faite de mes collègues quant à la gestion d’un projet de session réalisé en groupes dans le cadre d’un cours d’introduction à la comptabilité totalisant 700 étudiants. Le projet consistait à calculer certains ratios pour deux entreprises, d’interpréter ces ratios et, enfin, de déterminer l’entreprise qui était la plus solide. Si un groupe avait fait une erreur dans le calcul des ratios de départ, cette erreur se répercuterait sur les interprétations subséquentes et l’évaluation finale que le groupe ferait des entreprises. Par conséquent, le projet a été divisé en trois parties, lesquelles étaient dues à différentes étapes de la session. La première partie consistait en un tableau contenant plusieurs ratios. Les étudiants devaient y inclure la définition des ratios et calculer le ratio en question pour les deux entreprises. Cette partie a été corrigée par des étudiants‑correcteurs et remise aux étudiants avant qu’ils n’entreprennent la deuxième partie du projet. Celle‑ci consistait en un autre tableau contenant les ratios calculés. Les étudiants devaient y inscrire la signification du ratio et déterminer l’entreprise affichant la meilleure performance. Tous les étudiants utilisaient ensuite les bons ratios, de telle sorte qu’aucune erreur commise dans la première partie ne se répercutait sur la deuxième. Encore une fois, la correction a été faite par des étudiants‑correcteurs et les travaux ont été remis aux étudiants avant le début de la troisième partie, laquelle consistait à faire l’évaluation globale des deux entreprises. La troisième partie a été corrigée par les professeurs au moyen d’un barème de correction photocopié. Les étudiants ont trouvé le projet très enrichissant; celui‑ci a renforcé leur confiance en soi. Le projet ayant été structuré avec soin, le fardeau de correction a été minimal, en dépit des 700 étudiants.  

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