Bulletin - Été 2006
Forum des formateurs
Dans le cadre du congrès annuel de l’ACPC tenu à Niagara Falls en juin dernier, plus de 40 participants ont assisté à un atelier intitulé « L’enseignement, ça compte… C’est une question de compétences ». Dans l’article qui suit, on traite de certaines des raisons pour lesquelles on incite les professeurs de comptabilité à axer davantage leur mode de prestation de programmes sur les compétences.
Pourquoi opter pour une formation en comptabilité axée sur les compétences?
Au Canada, bon nombre de programmes de commerce ont été établis au début du 20e siècle et avaient pour mandat particulier de préparer les étudiants à une carrière professionnelle. En effet, les programmes mettaient l’accent sur les connaissances techniques. Cependant, l’interaction avec les praticiens, qui assumaient le rôle de professeurs, permettait aux étudiants d’apprendre un large éventail de comportements et d’acquérir une variété de compétences à partir des « histoires de guerre ».
Bennis et O’Toole (2005) font remarquer que, dans les années 1960, en réponse à des critiques les décrivant plus comme des écoles de métiers que des programmes universitaires traditionnels, les écoles de commerce ont commencé à se concentrer sur la recherche scientifique. En embrassant le modèle « publier ou périr » utilisé à l’égard des sciences exactes, comme la physique et l’économie politique, les écoles de commerce ont commencé à gagner du respect sur les campus. À mesure que l’avancement et la permanence sont devenus fonction de la publication de résultats de recherche, de moins en moins de praticiens ont été engagés et les cours sont devenus plus orientés vers les détails de la recherche et moins axés sur les problèmes d’intégration et multidimensionnels qui sont courants dans le monde des affaires.
À la même époque où les écoles de commerce universitaires ont commencé à mettre l’accent sur la publication de résultats de recherches, les écoles professionnelles au Royaume-Uni, en Australie et aux États-Unis cherchaient des moyens d’améliorer l’aptitude au travail de leurs diplômés (Boritz et Carnaghan, 2003). On a donc restructuré les programmes de manière à ce qu’ils soient fondés sur les résultats. En effet, les étudiants devaient démontrer des compétences découlant des attentes en matière de rendement à l’égard d’une profession ou d’un emploi particulier. Bien que cette approche ait trouvé de nombreux tenants en raison de son élément pratique, certains trouvaient qu’elle favorisait l’atteinte d’une norme minimale plutôt que de l’excellence. Ce point de vue a été renforcé par des méthodes d’évaluation binaire (compétent/incompétent).
Par ailleurs, les critiques des programmes axés sur les compétences, qui s’échelonnent sur des dizaines d’années, sont partagées. Bien qu’il soit clair que la formation fondée sur les compétences prépare davantage les étudiants à appliquer leurs apprentissages dans le milieu du travail, il est moins évident que ce genre de formation favorise, chez les étudiants, l’acquisition d’aptitudes de niveau supérieur, comme la pensée critique, la résolution de problèmes et l’analyse (Boritz et Carnaghan, 2003). Cet état de chose pourrait résulter du fait que, dans la grande majorité des cas, la formation axée sur les compétences met l’accent sur l’acquisition, par les diplômés des écoles professionnelles, de compétences liées au travail.
Malgré les lacunes que pourrait accuser l’approche axée sur les compétences, les praticiens et les associations de professionnels demandent aux universités et aux collèges d’adopter cette façon de faire afin de rapprocher la formation à la réalité du monde du travail. Certains trouvent que la recherche universitaire commerciale ne cadre pas avec la réalité; ces personnes demandent qu’on mette en place une approche équilibrée en matière de formation, à la fois axée sur la rigueur et la pertinence. Bennis et O’Toole (2005) sont d’avis que les écoles de commerce devraient fonder leur modèle sur celui d’autres facultés, comme les facultés de droit, de médecine et de dentisterie. Dans ces facultés, la recherche est appliquée et non strictement scientifique et l’enseignement est fondé sur l’exercice. Selon Alison Gopnik, cognitiviste et éminente chercheuse américaine, le meilleur apprentissage se fait dans le cadre d’un « apprentissage guidé », lequel assure un équilibre entre l’expérience et la rétroaction d’experts (Macklem, 2006).
BARR, R. et J. TAGG. « From teaching to learning – a new paradigm for undergraduate education », dans Change, The Magazine of Higher Learning (nov.-déc.), 1995, p. 13-25.
BENNIS, W. et J. O’TOOLE. « How Business Schools Lost their Way », dans Harvard Business Review (mai), 2005. Réimpression R0505F.
BORITZ, E. et C. CARNAGHAN. « Competency-Based Education and Assessment for the Accounting Profession: A Critical Review », dans Canadian Accounting Perspectives, 2003, 2 (1), p. 7‑42.
MACKLEM, K. « Just quit lecturing them », dans Maclean’s Magazine, (http://www.macleans.ca/topstories/education/article.jsp?content=20060327_123810_123810), 2006. Consulté le 8 mai 2006.