Chère Angie
Bonjour à tous! L’année universitaire est bien entamée et bon nombre d’entre vous avez sans doute déjà vécu des expériences en classe stimulantes ou fait face à des problèmes difficiles. La présente chronique vous propose des moyens intéressants de développer davantage la pensée critique, un exercice surprenant pour accroître la responsabilité sociale des étudiants, un exercice hors du commun grâce auquel les étudiants peuvent exprimer leur compréhension de façon différente, ainsi que quelques questions. En outre, les gagnants du concours sur l’innovation en formation comptable, dont les noms ont été dévoilés lors du congrès de l’étÀ dernier, ont accepté de partager avec nous leur exercice en classe. Jetez un coup d’œil à la Ligue mondiale de baseball (exercice élaboré par Ian Feltmate et Ian Hutchinson de l’Université Acadia). Et n’hésitez surtout pas à communiquer avec moi si vous pouvez apporter des réponses aux questions posées.
Chère Angie,
J’enseigne la fiscalité. Savez-vous s’il existe un recueil sur le matériel auquel on a recours pour enseigner la fiscalité dans les universités canadiennes (par exemple les manuels utilisés, des contenus de cours, des méthodes d’enseignement)?
En pleurs au pays de la fiscalité
Cher « En pleurs »,
Je ne connais pas de recueil sur l’enseignement de la fiscalité. Les professeurs de fiscalité pourraient peut-être me faire parvenir les titres des manuels qu’ils utilisent et m’indiquer de quelle façon ils abordent leurs différents cours. Je pourrai alors compiler une liste qui pourra vous être utile et qui pourrait intéresser d’autres personnes qui enseignent la fiscalité. Alors vous tous du monde fiscal, faites-moi parvenir vos suggestions pour que nous puissions aider cette malheureuse personne qui essaie d’enseigner la fiscalité!
Chère Angie,
J’aimerais savoir comment différents professeurs abordent les premiers jours de classe, comment ils présentent leurs cours, déterminent les attentes, etc.
Clifton Philpott, Collège universitaire Kwantlen
Chère Clifton,
J’aimerais moi aussi savoir ce que les gens font le premier jour de classe. Personnellement, pour rompre la glace dans un cours d’introduction, je propose aux étudiants de se présenter à leur voisin et de bavarder ensemble pendant quelques minutes. Je leur demande ensuite de présenter leur « nouvel ami » au reste de la classe et de mentionner un élément original qui caractérise cette personne. J’aime que mes classes aient un caractère interactif; j’essaie donc de créer un climat convivial dès le départ. Mes classes comptent environ 60 étudiants. Je suis toutefois consciente qu’une telle approche est impossible lorsqu’il s’agit de très grands groupes. Hum, je me demande ce qu’on peut faire pour donner le ton dans un très grand groupe? Avez vous d’autres suggestions à offrir à Clifton?
Chère Angie,
J’enseigne la théorie comptable, un cours obligatoire. La troisième édition du manuel rédigé par Scott est un ouvrage extraordinaire sur la justification financière de la profession auquel j’ajoute deux théories sur l’épistémologie ainsi que trois théories sur l’éthique. Comme vous pouvez l’imaginer, les étudiants sont frappés d’horreur à la simple mention des théories épistémologiques et éthiques, sans parler de leur contenu. Il est donc très utile d’avoir en main des articles récents tirés de journaux et de publications professionnelles pour rattacher ces concepts très abstraits aux pratiques quotidiennes des comptables et des gestionnaires.
Dans ce cours, on peut sentir un revirement vers la mi-session. Au cours de cette semaine-là, je demande aux étudiants de se réunir en petits groupes et de préparer une image de ce qu’ils ont tiré du cours jusque là. Je réserve environ une heure de cours pour leur permettre d’entamer ce processus. Ils peuvent alors me poser des questions sur la manière de s’acquitter de cette tâche — à l’exception, bien sûr, de l’image qu’ils devraient utiliser. Chaque fois, quelqu’un se plaint de son manque de talent en dessin, ce à quoi je réponds qu’il ne s’agit pas d’un projet artistique et que tous les étudiants recevront 10 points (sur un total de 100 points) pour leur participation, à condition qu’ils se présentent au prochain cours. La semaine suivante, tous les groupes présentent leur image et l’expliquent à la classe. Toute personne absente sans raison valable reçoit la note zéro.
Les étudiants peuvent choisir le moyen d’expression qu’ils veulent. La plupart d’entre eux utilisent toutefois les transparents et les crayons que je fournis. Ils ont une semaine pour créer une image et préparer leur explication. Il est toutefois interdit de mettre du texte sur l’image : c’est la seule règle. Une fois revenus du choc d’avoir à dessiner quelque chose pour illustrer ce qu’ils ont appris, les étudiants s’attaquent à la tâche avec enthousiasme. Il est très agréable d’observer les efforts qu’ils déploient et la qualité de leur produit final. Bien sûr, au fil des ans, quelques groupes se sont arrangés pour escamoter ce projet, mais la vaste majorité de ceux qui y ont participé ont indiqué avoir apprécié la tâche et le résultat.
J’ai recours à la formation d’images, car c’est une forme d’apprentissage actif qui force les étudiants à utiliser l’autre hémisphère de leur cerveau — le côté lié à l’apprentissage visuel plutôt que celui qui se base sur la logique et l’écrit. De plus, la collaboration dont font preuve les étudiants leur permet d’apprendre les uns des autres. Ils peuvent ainsi comprendre davantage les liens qui existent entre les concepts théoriques et l’utilité de la profession comptable dans la société. Si je me fie aux commentaires exprimés dans mes évaluations de cours, les étudiants sont heureux d’avoir non seulement l’occasion d’apprendre et de mettre en pratique des principes philosophiques, mais également de réfléchir et de participer à des débats sur les conflits d’intérêts inhérents à leur future profession. Je travaille actuellement à la rédaction d’un article sur les stratégies d’enseignement que j’utilise dans le cadre de mes cours pour favoriser un apprentissage actif et en collaboration.
La stratégie que je viens de décrire est probablement unique en son genre, mais elle fonctionne. Si vous voulez en savoir plus long, c’est avec plaisir que je partagerai quelques images et explications avec vous.
Maureen P. Gowing
École de gestion John-Molson, Université Concordia
Courriel : mps@jmsb.concordia.ca
Téléphone : 514 848-2424, poste 4143
Merci Maureen! Quelle idée novatrice! Vous serait-il possible d’envoyer une ou deux images à Angie dans les prochaines semaines?
Page de suggestions d’Angie
Nous sommes tous à même de présenter des travaux de recherche à nos classes de premier cycle. Une telle approche pourrait nous aider à convaincre de jeunes esprits talentueux à entre-prendre des études supérieures dans nos champs de spécialité. Chaque année, le nombre de postes à combler en comptabilité est dix fois plus élevé que le nombre de diplômés à la maîtrise et au doctorat. Nous devons donc encourager les bons étudiants à poursuivre des études de deuxième et de troisième cycle en comptabilité.
La première suggestion nous est offerte par Rajib Doogar (Université de l’Illinois à Champaign-Urbana). Rajib considère que le jumelage d’articles de recherche pertinents et de sujets en comptabilité intermédiaire ou avancée permet aux étudiants d’aiguiser leur intérêt envers les règles comptables et leurs imperfections, et d’apprendre ainsi à utiliser la pensée critique. Concrètement, il distribue en classe quelques articles de recherche et demande aux étudiants de préparer, en petits groupes, des résumés d’une page qu’ils mettront en commun avec le reste de la classe. Ils discutent ensuite ensemble des quatre principales questions :
- Quel est le problème?
- Qui est touché et pourquoi ?
- Qu’a-t-on trouvé?
- Peut-on se fier aux résultats?
Rajib croit que les articles de recherche, en raison de leur structure, aident les étudiants à détecter beaucoup plus rapidement l’écart qui existe entre la réalité économique et son expression nécessairement imparfaite rendue par la langue comptable. C’est sans mentionner son expression encore plus imparfaite présentée par la « réalité politiquement tordue » des principes comptables généralement reconnus (il n’est ici bien sûr question que des PCGR américains, car nous laissons à des esprits plus brillants le soin de déterminer si « mes PCGR sont meilleurs que tes PCGR »). Un autre des avantages est que, comme la majorité des articles bien rédigés et tous les articles qui ne sont pas nécessairement de la meilleure encre apportent de l’eau au moulin, il peut simplement proposer des articles qu’il n’a pas encore lus et avoir, lui aussi, du plaisir. Si cela vous intéresse, vous pouvez consulter la page d’accueil du cours enseigné par Rajib à www.business.uiuc.edu/doogar/ ACCY493/493.htm.
Vous y trouverez un syllabus et bien d’autres renseignements. Merci beaucoup, Rajib, de nous avoir fait part de votre façon de faire. Je retiens, entre autres, l’idée de distribuer des articles que l’on désire lire et de demander aux étudiants de les résumer. Voilà qui s’appelle faire d’une pierre deux coups! John Shepherd de Prince Rupert nous a également fait parvenir une autre excellente idée. En plus d’héberger le campus du Northwest Community College, Prince Rupert abrite « Khutzeymateen », le seul sanctuaire pour grizzlis au Canada. (On apprend toutes sortes de renseignements très utiles en lisant Chère Angie!). John décrit comment son collège encourage les étudiants à faire un apport à leur collectivité et à devenir des citoyens socialement responsables.
Il mentionne qu’en 1998, le collège a créé un nouveau cours, MGMT 260 — Études appliquées en gestion — dans le cadre duquel les étudiants obtiennent trois crédits lorsqu’ils conçoivent et réalisent des projets au sein de la collectivité. Voici quelques exemples des projets qui ont été réalisés :
- en 2003, un sondage a été mené auprès des visiteurs de Prince Rupert;
- une étude de faisabilité a conduit à la mise sur pied de la North Coast Water Quality and Biotoxin Society;
- un profil de la collectivité a été dressé pour la commission de développement économique de Prince Rupert;
- plusieurs projets ayant trait aux Jeux d’hiver qui ont eu lieu dans le nord de la Colombie-Britannique en 1999 ont été réalisés;
- des sites Web pour des organismes sans but lucratif ont été conçus.
Un des projets de conception de sites Web a été mené à bien pour la Coalition of Inclusive Communities, qui voulait créer un site Web faisant la promotion du multiculturalisme et de l’antiracisme à Prince Rupert. Il s’agit du troisième site Web conçu pour des organismes locaux sans but lucratif par des étudiants en administration inscrits au campus de Prince Rupert. Les étudiants ont également mis leur savoir-faire au profit de la bibliothèque publique de la ville et du Club Rotary de Prince Rupert.
Quelle excellente idée que d’inciter les étudiants à participer à des projets communautaires. Du temps où je poursuivais des études supérieures à l’Université de la Saskatchewan, les étudiants en fiscalité se rendaient dans des foyers pour personnes âgées et offraient à ces dernières de remplir leur déclaration de revenus. Je me demande combien d’entre nous pourrions mettre sur pied des projets de classe qui permettraient à la fois d’atteindre nos objectifs en matière d’apprentissage et aideraient les membres de la collectivité. Il y a quelques années, j’ai demandé à mes étudiants de se rendre dans de petites entreprises et d’évaluer les systèmes de contrôle interne de celles-ci. Avec le recul, je constate que j’aurais dû transmettre aux propriétaires de ces entreprises les rapports d’évaluation préparés par les étudiants, car bon nombre d’entre eux contenaient d’intéressantes suggestions concernant l’amélioration des systèmes de contrôle interne. Merci John!